Et le sexe après l'accouchement ?

Plusieurs professionnels démêlent le vrai du faux et apaisent les inquiétudes des jeunes parents

Quand on met au monde un enfant, on parle beaucoup de "l'avant", encore plus du "pendant" mais un peu moins de "l'après".

Pourtant, cette naissance est le point de départ d'une révolution de l'intime, du corps et de la psyché de la femme, tout comme de celle du couple. Ce dernier doit s'adapter aux bouleversements entraînés par l'accouchement, tant sur le nouveau quotidien qu'au niveau sexuel. Quatre professionnels reviennent sur les principales interrogations, idées reçues et parfois appréhensions, du sexe post-partum.

Une césarienne ou une épisiotomie peuvent retarder la reprise de la sexualité

Vrai. Les premiers jours et premières semaines après l'accouchement, des saignements surviennent jusqu'à ce que le col se referme. Si la mise au monde s'est déroulée par voie basse et sans encombre, les jeunes mères peuvent reprendre une vie sexuelle passée ce processus. "On élimine le risque d'infection respectant cette pause", informe Nathalie Perrillat, sage-femme à la maternité de Port Royal. En revanche, en cas de césarienne ou d'épisiotomie et selon le degré de déchirure, la pause va être rallongée. "En cas de déchirures profondes ou sévères, touchant par exemple le sphincter, il faudra attendre que les points de suture se résorbent, remarque la gynécologue-obstétricienne Camille Le Ray. Mais que l'on se rassure, le vagin est un organe qui cicatrise extrêmement bien."

Et même quand les points tombent, il arrive que la cicatrice soit encore douloureuse. "Si elle est raide au toucher ou très gonflée, cela va gêner le mouvement lors des rapports sexuels, observe la kinésithérapeute Sylvie Billecocq. Il existe des techniques de massage spécifiques à réaliser chez la sage-femme ou le kinésithérapeute pour la mettre en tension ou l'aider à se relâcher." "Le massage de la vulve ou de la cicatrice de la césarienne permet de remettre doucement du mouvement, d'assouplir les tissus et d'aider les adhérences sur cette zone", abonde Camille Bataillon, sexologue clinicienne et cofondatrice de la plateforme de téléconsultations en sexologie

Les zones érogènes et les sensations internes ne seront plus les mêmes

Vrai et faux. En fonction de son histoire personnelle, de sa relation de couple et de sa grossesse, chaque accouchement est personnel et unique. "Dans certains cas, à force de subir de nombreux examens et d'être prise en charge par différentes personnes, qui vous touchent quasi systématiquement, il peut survenir une déconnexion entre le corps et l'esprit", relate Camille Bataillon. Sans compter sur la dépréciation de son corps qui peut découler des changements physiques visibles – ventre élargi, seins volumineux, vergetures – et qui viennent fissure estime de soi, Cela peut être une vraie charge mentale qui vient polluer les rapports sexuels et le plaisir qu'on en retire", souligne la sexologue clinicienne.

Le sexe ne sera plus jamais aussi bien qu'avant

Vrai et faux. Là aussi, chaque situation est différente. "Le consentement est l'une des fondations du couple. Par rapport au désir et à la libido, gardez en tête que le plus important n'est pas le "quand", mais l'envie", assure Camille Bataillon. Parmi ses patients, la sexologue clinicienne a observé des couples qui ressortaient de cette expérience de la parentalité beaucoup plus soudés, "où la femme conscientisait enfin son corps et se sentait puissante après avoir accouché".

La spécialiste suggère aux parents d'anticiper cet "après" de l'intime avant même l'accouchement. "C'est un tremplin pour repenser sa sexualité, sans jugement et avec curiosité, de se planifier des moments intimes, de s'octroyer à la fois du plaisir pour soi et pour deux, sans forcément passer par la pénétration, conclut-elle. Tout cela demande du temps et de la bienveillance."

Il faut attendre la rééducation périnéale avant de revenir à la pénétration vaginale

Faux. Si le périnée, cet ensemble musculaire venant fermer le bassin, est malmené par la mise au monde de l'enfant en générant à la fois un étirement et une compression, sa rééducation n'est "pas systématique" pour reprendre la pénétration vaginale, insiste la kinésithérapeute Sylvie Billecocq. "La rééducation est indiquée en cas de manifestations de troubles anatomiques, type béance vulvaire ou descente d'organes, et de troubles de la continence, urinaire ou anale", précise la professionnelle. Or, d'après elle, 85% des incontinences urinaires post-partum se résorbent spontanément dans les trois mois et 75% des descentes d'organes modérées sont asymptomatiques.

Néanmoins, l'impact de cette rééducation sur la sexualité n'est pas à ignorer, soutiennent la sexologue et la sage-femme. "Le fait d'apprendre à contracter-relâcher le périnée permet un afflux sanguin et ainsi une meilleure sensibilité dans cette zone lors des rapports sexuels, précise la cofondatrice de Mia.co, Camille Bataillon. Certains exercices agissent aussi sur la détente et ainsi la lubrification." "Cette rééducation est primordiale pour reprendre confiance en soi. Quand elle se déroule avant les rapports, généralement 6 à 8 semaines après l'accouchement, via une thérapie manuelle ou de l'électrostimulation, elle va aider les femmes qui ont des difficultés à se réapproprier ce corps en douceur", poursuit la sage-femme Nathalie Perrillat.

*source  "madame.lefigaro"